Ash Magick - Rituals of Anathematic East
Chronique
Ash Magick Rituals of Anathematic East
Il y a des vides qui sont beaux. Des vides qui respirent, qui laissent place à l’errance, à l’élévation ou à la perte. Il y a le vide céleste, celui qui nous fait sentir infiniment petit, ou celui, intérieur, que certains appellent mélancolie et d'autres transcendance. En art, ce vide peut être un silence, un entre-deux, un souffle suspendu. Et puis il y a un autre type de vide : le vide qui n’apporte rien, celui qui remplit pour remplir, qui laisse une trace... d’oubli. Ce vide-là, c’est celui que creuse Rituals of Anathematic East, troisième incantation du duo turc ASH MAGICK...
Pourtant, tout commence presque bien : "ܢܬܚܪܒ ܥܠܝܟ", l’intro, offre une plongée réussie dans ce qu’on imagine être les Enfers d’un Moyen-Orient apocryphe, avec sa voix démoniaque, son ambiance lourde et son parfum d’occultisme poussiéreux. Un début prometteur, presque intrigant, qui laisse espérer un périple dans des contrées où les rituels païens se conjuguent aux cendres byzantines. Malheureusement, les compositions vont partir vers d’autres horizons, vers du black metal orthodoxe déstructuré agressif mais inoffensif. Quarante minutes d’errance désincarnée. Une messe noire sans croyants, sans cœur, sans souffle. Ça tape dans le vide, littéralement. Pas dans un vide contemplatif, ni mystique, ni conceptuel. Non, ici le vide est un désert sonore où la poussière ne soulève rien. On perçoit les structures, les riffs programmés, les vocaux noyés dans la reverb, mais jamais la flamme, ni même l’étincelle…
Le nom même du groupe – ASH MAGICK - semble appeler un feu ancien, noir, impie. Mais ici, ce n’est pas la cendre après l’incendie, c’est la poussière sur un vieux meuble de grenier. Une magie morte-née. Et l’East dans le titre ? Il ne ressent pas, ou alors juste sur l’outro, "ܒܫܡ ܕܫܐܝܕܐ", qui clôt les 43 minutes avec une ambiance plus oppressante, presque BLUT AUS NORD-ienne, dissonante, froide, inquiétante. Un dernier souffle réussi.
Il ne suffit pas d’invoquer le néant pour qu’il réponde. Le philosophe Jean-Luc Nancy écrivait que « le vide ne se pense pas comme un manque, mais comme une disponibilité radicale ». Malheureusement, Rituals of Anathematic East n’est ni disponible, ni radical. C’est un album absent. Pas contemplatif, pas minimaliste. Juste vidé.
ASH MAGICK voulait peut-être nous emmener au cœur de son sanctuaire malsain. On n’y trouve qu’un couloir déserté, avec un encens qui ne brûle plus depuis longtemps.
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