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Early Graves - We: The Guillotine

Chronique

Early Graves We: The Guillotine
Peut-être est-ce en raison de la lecture de Choosing Death de Albert Mudrian : voilà que je me prends de nostalgie pour un style musical tombé en désuétude. Qui aujourd’hui pour reprendre le flambeau des Cursed, Trap Them, Hessian, Dead in the Dirt, All Pigs Must Die et la tripotée de coreux ayant piqué au death metal suédois sa Boss HM-2 ? Personne, ce genre mêlant crust, grind, hardcore et metal extrême semblant être oublié de tous, voire moqué – j’avoue faire partie des coupables de l’époque, critiquant le manque d’originalité d’une formation s’en réclamant. Un destin qui rappelle effectivement celui du death metal de la fin 80 / début 90, sa radicalité première, sa popularité grandissante, puis un éloignement progressif de ce qu’il a pu ériger en codes à suivre en raison d’une surabondance synonyme de désintérêt.

Il y avait pourtant dans cette scène hardcore prenant du metal ce qu’il pouvait avoir de plus sombre et violent quelques perles cachées, peu mises en lumières car ni instigatrices de ce virage coupant les phares dans la nuit, ni particulièrement soutenues par un label / internet / les médias (dont les webzines, qui n’étaient pas encore une relique du passé refusant de mourir comme aujourd’hui). Early Graves, vous vous en doutez, en était une.

Il en est peut-être même le meilleur exemple, avec sa fin tragique – celle du hurleur Makh Daniels, mort d’un accident de la route – et ses œuvres cultes qui, à elles seules, symbolisent la naissance d’une scène, son explosion et son déclin. Goner en sommet, Red Horse en gisant refusant de mourir malgré les pelletés de terre tombant sur lui, We: The Guillotine transmet donc cette sensation de début qui avait déjà tout pour lui, mêlant avec plaisir différents styles et scènes sans s’emmêler outre-mesure. Outrancier, mais déjà juste dans son déséquilibre.

Et il en faut, de la finesse dans le bovin, pour convoquer hardcore pur jus, noisecore, grindcore, crust, hargne death metal et goût pour le péplum heavy metal dans un melting-pot qui ne s’embourbe jamais, avance droit vers son objectif : briser les nuques autant que les esprits, les riffs assassins et implacables s’enchaînant déjà à haute-intensité, Goner ne faisant « que » maximiser le talent ci-présent au-delà du point de non-retour. Le plaisir se vit à grand coup de canines et de canif, mordant et tranchant à tout-va au point de virer à l’automutilation (oui, on est à ce niveau d’incendie qu'il dérive vers l'immolation dès « Ballistics »). Les mélodies torturées, la voix beuglée jusqu’à en sentir les glaviots (Makh Daniels et sa synesthésie bien à lui manquent aujourd’hui), le batteur toujours au bord de faire route seul : tous ces éléments, formellement dans les règles d’une mouvance alors à la mode, sont appropriés de telle manière que Early Graves devient rapidement un maître du jeu, la signature sans préalable au sein de la subdivision hardcore / metal de Metal Blade « Ironclad » – aujourd’hui peu active – montrant l’effet qu’ont pu avoir ses compositions sur qui les a rencontrées.

Il faut dire que les ambitions de morceaux comme ceux constituant la trilogie « First Name: William » / « Rest » / « Last Name: Porter » ou la capacité à sortir de la pure brutalité pour développer des climats tragiques (« Here There Be Monsters ») restent encore actuellement particulièrement convaincantes. Cela, sans affadir la radicalité du propos, palpable jusque dans cette musique si impitoyable et urbaine qu’elle rend bien compte à elle seule de la rage urbaine qui habite le groupe. Les paroles sont au diapason, exprimant une colère sociale prête à passer au-delà de toutes discussions (« House Nigger » et la controverse de son titre pointant du doigt le racisme aux Etats-Unis). Early Graves aime la guillotine – fierté nationale – et en use et abuse sur ces quarante minutes, sa lame non-émoussée par le temps et l’oubli (écoutez l’album : il marquera rapidement votre mémoire). Un des quelques « Dearly Missed » qui, je l’espère, seront réévalués avec le temps.

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Early Graves
Crust / Hardcore / Metal
2008 - Ironclad Recordings
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (1)  7.5/10
Webzines : (1)  5/10

plus d'infos sur
Early Graves
Early Graves
Blackened Crust/Metal - 2007 † 2021 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Ballistics  (02:46)
02.   Safety Net Acrobats  (04:02)
03.   House Nigger  (04:04)
04.   First Name: William  (01:57)
05.   Rest  (02:22)
06.   Last Name: Porter  (04:49)
07.   The Man in Black Fled Across The Desert  (02:09)
08.   Ghosts Among Us  (04:08)
09.   Borrowed Teeth, Borrowed Claws  (03:02)
10.   Here There Be Monsters  (07:12)
11.   City Of Angels of Nothing At All  (03:32)

Durée : 39:41

line up
parution
13 Août 2008

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