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Moonchild Trio - Six Litanies for Heliogabalus

Chronique

Moonchild Trio Six Litanies for Heliogabalus
À l’origine, le cycle du MOONCHILD TRIO aurait dû se clore avec le volet Six Litanies for Heliogabalus. Depuis, trois opus supplémentaires sont parus (The Crucible ; Ipsissimus ; Templars: In Sacred Blood) mais ce qui distingue l’album dont nous parlons aujourd’hui de ses deux prédécesseurs, c’est la fin de la formule en trio. Peut-être conscient d’avoir atteint les limites du registre, John Zorn choisit d’ajouter un peu de chair autour des compositions, d’abord en intervenant personnellement mais également en sollicitant sa garde rapprochée : un trio de vocalistes (Martha Cluver ; Abby Fischer ; Kirsten Soller), la compositrice japonaise Ikue Mori (une habituée, d’Electric Masada à Hemophiliac en passant par Cobra), enfin l’organiste Jamie Saft, une sommité. Loin de dénaturer le concept initial ou de le transformer en un produit imbitable causé par le choc des personnalités, cette nouvelle orchestration étendue transcende la musique qui, quelque part, atteint ici une forme de pleine perfection.

Terminé les atermoiements d’Astronome, les litanies renouent avec des durées traditionnelles où personne ne tient la vedette, le chant de Patton étant même légèrement mis en retrait, le saxo venant désormais occuper une partie de la place auparavant attribuée à la voix, les deux évoluant bizarrement dans des tonalités assez similaires. En revanche, lorsque le Général intervient, il se montre à son prime comme je l’entends bêtement dire parfois : « Litany III » est un monument mais c’est surtout « Litany IV » qui fera office d’épouvantail à oiseaux, ce morceau de huit minutes étant le cadeau magnifique d’un Victor Frankenstein à son frontman fétiche. Une performance artistique indescriptible autrement que par des superlatifs laudatifs ou sombrant dans les abîmes d’une terrible perplexité. Difficile de s’étendre en mots sur cette piste centrale (tant en termes de placement que de temps alloué), sachez juste que pour l’encaisser, il est nécessaire de postuler que l’homme n’est jamais aussi bon que lorsqu’il oublie que c’est avant tout un chanteur.

Par conséquent, si l’incongruité de « Litany IV » marque durablement l’esprit, ce n’est pas pour elle que l’on revient inlassablement à Six Litanies for Heliogabalus. Avec le recul (et l’âge), j’en viens à davantage apprécier les superbes passages à l’orgue de monsieur Saft (j’en ai profité pour découvrir son groupe de sludge avant-gardiste BETA POPES), la générosité d’un saxophone prépondérant, reconnaissable entre mille au même titre qu’un John Coltrane. Il s’agira également d’insister sur le retour appuyé de l’intensité hardcore noisecore des « chansons », en particulier grâce à la basse en tous points monstrueuse de Trevor Dunn, une liberté de propos qui, plus que jamais, inscrit MOONCHILD TRIO parmi les grands noms du free jazzcore ou de la musique expérimentale contemporaine (« Litany VI ») parfois empreinte d’une certaine religiosité dans l’utilisation des voix féminines, sachant que la dimension mystique est indissociable du travail de Zorn.

Alors que ces ajouts traditionnels (chœur féminin, orgue, cuivre) pouvaient laisser à penser que le disque serait plus abordable, il n’en est rien. En effet, au regard du niveau des instrumentistes en présence, chacun y ajoute un cran de complexité auditive rendant l’appropriation autrement moins aisée que celle de Moonchild: Songs Without Words, surtout si l’on vient d’une culture rock. Également, les cuivres n’adoucissent rien, leur hystérie se superpose à celle de Patton, certains moments se transformant en une véritable épreuve auditive. Et si de mon point de vue il s’agit là d’une œuvre majeure des années 2000, il serait également légitime de regretter la trop grande mainmise de John Zorn sur ce troisième opus qui, quelque part, dénature le propos initial qui était de gloser autour d’un noise rock ultra dépouillé, saccagé par une vision géométrique non-euclidienne, une basse de gros bâtard et un performer vocal unique en son genre. Disque génial donc, à nulle autre pareil et qui préfigure la suite, à la fois plus rock mais surtout ouverte à de nouveaux intervenants : Marc Ribot à la guitare pour The Crucible puis Ipsissimus et John Medeski à l’orgue pour Templars: In Sacred Blood.

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1 COMMENTAIRE(S)

gulo gulo citer
gulo gulo
14/05/2026 18:51
note: 8/10
Superbe. Très zeppelinien et apollinien en effet, mais encore sauvage : The Crucible, en revanche, franchira légèrement la ligner rouge "jam à la papas". Mais Templars redressera la barre.

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Moonchild Trio
Free Jazzcore
2007 - Tzadik
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs : (1)  8/10
Webzines :   -

plus d'infos sur
Moonchild Trio
Moonchild Trio
Free Jazzcore - 2006 † 2014 - Etats-Unis
  

formats
  • CD / 2007 - Tzadik

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vidéos
Litany IV
Litany IV
Moonchild Trio

Extrait de "Six Litanies for Heliogabalus"
  

tracklist
01.   Litany I  (07:53)
02.   Litany II  (07:06)
03.   Litany III  (10:36)
04.   Litany IV  (08:13)
05.   Litany V  (04:30)
06.   Litany VI  (06:16)

Durée : 44:34

line up
parution
27 Mars 2007

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