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Aabode - Hyper-Death

Chronique

Aabode Hyper-Death
Faisant suite à l’album Neo-Age qui m’avait violemment fracassé la tête en 2024 grâce à son esprit PORTAL cybernétique, voilà AABODE de retour, empli d’intentions belliqueuses d’autant qu’il est toujours hébergé par le féroce Godz ov War Productions, label reconnu pour ses parutions hautement inflammables.

Pourtant, musicalement parlant, la possibilité d’une surprise n’était pas à écarter car les deux singles introduisant cette sortie interrogeaient quant à la direction que semblait vouloir emprunter le duo. Il y eut d’abord « Claam 2.0 », une réécriture électronique d’un titre issu de l’EP Moist puis « Code Catalogue », présent sur ce Hyper-Death. Un univers dépravé où se mélangent haute technologie et orgie sexuelle sous camisole chimique. Scoop : Pierre Palmade est fan.

Le visuel ne trompera d’ailleurs pas, nous sommes loin de la putridité qui forgeait l’identité du LP précédent. La paire s’oriente désormais sur une machinerie certes toujours sous-tendue par une base death expérimental mais à présent largement phagocytée par une electro indus toxique qui impose sa présence aux vocaux en premier lieu (moins gutturaux que par le passé, même si « Grand Nancy » porte la marque des Australiens) mais également à l’ambiance globale qui, parfois, perd tout contact avec le monde réel. L’illustration réalisée par Maria Mendes ne sera donc pas un simple leurre esthétique : en s’extirpant légèrement de la fange initiale, en renforçant les apports mécaniques, aplats ferreux, la musique des Nancéens devient paradoxalement plus lumineuse bien qu’encore moins humaine, à la façon d’un LEX TALIONIS (« Code Catalogue ») alors que la diction d’Aabyssal m’évoque parfois le hip-hop de Schlaasss (je pousse un peu là). Quoi qu’il en soit, globalement, le disque reste réfractaire aux étiquettes faciles, AABODE ne ressemblant finalement qu’à lui-même.

Cette autonomie, cette liberté de ton, si elle garantit à la formation une place unique au sein de la sphère métallique, a néanmoins son revers. En effet, quel est aujourd’hui le public cible de Hyper-Death ? Y en a-t-il un ? Les sept compositions s’avèrent définitivement trop perchées pour les amateurs de death indus, trop brutales et bizarres pour les férus de synthwave, encore trop métalliques pour les dingues d’EBM, aucune mélodie ne retiendra l’attention des esthètes, quant à ceux qui ne jurent que par la technique, ce n’est clairement pas en ce lieu qu’ils trouveront leur pain de ce jour, ni qu’on leur pardonnera leurs offenses.

Même parler de morceaux paraît désormais absurde. J’ai davantage la vision d’un astronef perdant ses pièces une à une en plein vol, boussole en rade, gyro-directionnel en carafe, les moteurs toussent et s’étouffent, le pilote défoncé à la mescaline plié en deux par un fou-rire dément. Les beats de machines en surchauffe se mêlent aux voix possédées de nomades cyberpunk, « Quinze ans, déjà les yeux vidés ». Et il faut se les bouffer les neuf minutes de « God Has Entered My Body, Like a Body My Same Size », les sept de « Uncanny View / Valle Verde », quand les textes se font langage de programmation, algorithme ésotérique d’une technologie disparue. « On ne fait que charbonner, on s’en occupe », revendication de développeurs software en burn-out, un Morpheus sans vision messianique, avachi devant sa télé cathodique, baffrant en boulimique névrosé des anti-virus pour court-circuiter la puce qu’il pense avoir dans le cerveau. Dérive humanoïde, mission Asimov, tous à Zanzibar, Atréides apatride.

Rien de tangible, juste le ressenti d’une masse, d’un poids mort sur la poitrine, voilà ce qu’est aujourd’hui la musique d’AABODE. Pas du sang, de la limaille dans les veines et artères. Aucun rythme, des pulsations erratiques de machines mourantes. Pas de logique, des données binaires en pluie de souffrance, des bits, des extensions logiciels, un pare-feu émotionnel. Donc aucune émotion, des chevaux de Troie pour te détruire de l’intérieur, parasite scintillant d’une génération née des réseaux informatiques. Absence de sexualité, des casques virtuels, des data glove, voix d’IA singeant une sensualité dont on a de toute façon perdu le goût.

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Aabode
Death Metal Industriel
2026 - Godz Ov War Productions
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs :   -
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Aabode
Aabode
Death Metal Industriel - 2023 - France
  

formats
tracklist
01.   This Abode Has People in It  (05:40)
02.   Code Catalogue  (04:29)
03.   God Has Entered My Body, Like a Body My Same Size  (09:07)
04.   Azzalure Aesthetics  (05:08)
05.   Grand Nancy  (05:11)
06.   Channel N°5  (04:11)
07.   Uncanny View / Valle Verde  (07:04)

Durée : 40:50

line up
parution
20 Février 2026

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