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Derdian - DNA

Chronique

Derdian DNA
La scène power metal italienne aura toujours cette petite particularité en plus par rapport aux autres que je qualifierais de "théâtrale": les groupes n'hésitent pas à aller dans la démesure musicale en composant des albums entiers regorgeant de mélodies épiques, de grands arrangements symphoniques et de chants de choeur lyriques, la présence de Rhapsody of Fire en tant que fer de lance de tout cela n'étant certainement pas anodine. Et de ce fait, on se retrouve donc avec des groupes qui nous parle de batailles épiques, de lores complexes et de valeurs morales à défendre ou à acquérir au travers d'albums-concepts dont l'histoire s'étale parfois sur cinq voire six disques, le tout étant finalement un héritage que les groupes modernes ont acquis des opéras baroques italiens. Il n'est donc pas rare de voir des "Pt. II", "Pt. III" etc sur les noms des albums des groupes italiens, depuis Rhapsody avec sa fameuse "Tales of the Emerald Sword Saga" avec, à peu près à la même époque, Kaledon avec "Legend of the Forgotten Reign" ou même Derdian, groupe à l'honneur aujourd'hui, avec ses trois premiers albums "New Era".

"DNA", l'album qui nous intéresse aujourd'hui est le premier vrai album studio du groupe depuis leur dernière sortie en 2014, "Human Reset", car entre-temps est sorti "Revolution Era", un ensemble de réenregistrements des trois premiers disques avec en prime un morceau exclusif. Depuis leur debut "New Era pt. I", le groupe a gardé un rythme de production relativement soutenu, à mesure d'un album tous les deux ou trois ans, en gardant la même recette de composition. Les disques ne révolutionnent aucunement le genre mais ne sont pas pour autant des hérésies auditives; ils restent bons, tout simplement, et plaisent aux fans, en gardant tout du long une patte unique qui a détaché le groupe de ses confrères. Et bien que le thème de paroles ait changé, passant des preux chevaliers aux introspections plus personnelles et aux réflexions sur le monde moderne, "DNA" s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs sur tous les plans.

Le premier de ces plans, et le plus évident je suppose, est le plan musical - des compositions en elle même. L'album est extrêmement complet, dans le sens où il regorge d'atmosphères et d'ambiances différentes qui changent parfois au cours d'un même morceau. Après l'introduction symphonique "Abduction", le morceau d'ouverture "DNA" démarre sur les chapeaux de roue avec un beau lead mélodique et joyeux, nous prouvant dès les premières secondes que Derdian est de retour plus en forme que jamais, prêt à nous prouver une fois de plus qu'ils en ont toujours dans le ventre. Et c'est là où on peut dégager tout le potentiel du groupe, car leur principale qualité est à double-tranchant: ils ne sont jamais autant efficace que lorsqu'ils font dans le beau, l'épique et le joyeux mais en même temps, conscients de cette force, ils prennent la sage décision de ne pas appliquer cette recette à tous les morceaux, sinon quoi le rendu final serait vite lassant car trop ressemblant. Au contraire, Derdian nuance en ajoutant ici et là des compositions plus lentes, plus sombres, plus calmes, bref autant de facettes qui donnent de la personalité et du relief au disque. Il n'est donc pas rare de passer d'un extrême à un autre, comme c'est le cas du morceau suivant "DNA", "False Flag Operation", au riffing rythmique beaucoup plus axé heavy avec des power-chords plutôt que du tremolo picking constant qui dépassent rarement les premières cases du manche de guitare. De même, le chant lors du refrain recherche plus la puissance que la douceur: la mélodie qui s'en dégage n'est pas vraiment joyeuse ni épique car le groupe cherche avant-tout à jouer sur les capacités vocales d'Ivan Giannini en changeant de technique de chant, passant de cris aigus constants à quelque chose de plus bref mais presque rauque, ce qui donne donc une toute autre nuance au morceau. C'est donc à partir de cette dualité douceur/efficacité que le groupe va mettre en place différentes ambiances tout au long de l'album, en nous ayant introduit tous les éléments dont ils se servent dès les trois premiers titres.

On a donc d'un côté les morceaux joyeux et positifs, tels "Never Born", "Red and White", "Nothing Will Remain" et "Part of this World", qui présentent tous une caractéristique commune: ils sont chargés. Chargés en influences, dont je reparlerai un peu plus loin, mais surtout chargés en mélodies et en atmosphères, chaque titre apportant sa nuance. "Red and White" déborde de mélodies, à un point tel qu'il peut être compliqué de tout assimiler et de tout retenir dès la première écoute. Mais ce morceau est très dynamique, aucune partie n'est lésinée et elles s'enchainent toutes à un rythme soutenu, nous faisant garder un certain intérêt constant. Dans "Never Born", au contraire, les mélodies sont plus simples et plus facilement mémorables, donc plus efficaces. Mais d'un autre côté, il est plus chargé en instruments: il commence avec une intro au piano, contient des passages instrumentaux plus travaillés et plus intéressants, avec notamment un break aux soli et claviers atmosphériques rappelant bon nombre de moments sur "New Era pt. I".  Il en va de même pour "Nothing Will Remain", que l'on retrouve d'ailleurs une deuxième fois à la toute fin du disque sous le nom de "Ya Nada Cambiara", cette fois-ci chanté en espagnol par un proche du groupe en guise de remerciement discret aux fans sud-américains particulièrement nombreux puisque particulièrement friands de ce type de power metal. On retrouve donc dans ce morceau beaucoup d'arrangements instrumentaux, tout comme dans "Never Born" et beaucoup de symphonies ainsi que l'un des meilleurs refrains de tout l'album.

D'un autre côté on trouve les morceaux qui se basent sur une atmosphère plus sombre - donc, fatalement, moins joyeuse -, en présentant également diverses nuances, tels "False Flag Operation" dont j'ai déjà parlé mais aussi "Fire from the Dust", "Destiny Never Awaits" et "Frame of the End". On se rend alors compte que l'autre avantage d'introduire un aspect plus sombre à son album, en plus de diversifier le contenu, c'est qu'on apporte par la même occasion de nouvelles méthodes de compositions, d'autres influences et un tas d'autres éléments inexploitables sur les morceaux plus catchy et épiques. On s'en rend très bien compte avec "Frame of the World" et son main riff qui frôle le thrash, chose impossible pour des morceaux plus doux comme "Red and White", mais aussi avec "Fire from the Dust" où les riffs lourds rappellent ceux de "False Flag Operation" et où le refrain est sombre, voire maléfique: la voix est grave, les mélodies sont peu joyeuses, les guitares sont lourdes etc... mais la patte artistique de Derdian passe aussi par là et transforme ce refrain en quelque chose de plus théâtral: on imagine aisément sur scène les musiciens faire de grand gestes et de grandes expressions faciales changeantes - et tout ça me fait penser que ce refrain collerait très bien aux chansons de méchants dans de vieux films Disney... chacun ses références, hein.

Mais cet album serait nettement moins intéressant si Derdian n'était pas allé piocher à droite à gauche dans ses influences; c'est ce qui rend d'ailleurs "DNA" riche et relativement complexe - prog, d'une certaine manière, bien que les gammes restent toutes basiques et que le groupe sort rarement de la signature 4/4. Le premier courant qui a influencé la manière de composer du groupe, c'est le néoclassique: on en décèle de timides traces dans les soli de "Never Born" et plus généralement dans ses parties instrumentales, de part sa richesse et sa diversité, dans "Red and White" dans la technicité des riffs et le passage instrumental de "Nothing Will Remain" qui transpire la musique de Beethoven, un des compositeurs classiques les plus influents dans le metal néoclassique. Les influences prog, que j'ai évoquées précédemment, font de temps en temps leur apparition comme dans "Elohim", à l'atmosphère tout autre puisque composée à partir du mode phrygien dominant,  donnant un rendu très oriental au morceau, que l'on retrouve également dans "Destiny Never Awaits". L'autre aspect prog que l'on a avec ce "DNA", c'est un aspect beaucoup plus british: le jazz (influence première dans une écrasante majorité de groupes de prog moderne style djent) et tout ce qui tourne autour, des instruments jsuqu'à la structure. On aura donc un pattern de batterie assez jazzy au début de "Fire from Dust", ainsi qu'un solo au clavier d'orgue, instrument ayant fait les plus grandes heures de gloire des claviéristes de groupes comme Deep Purple ou Emerson, Lake & Palmer. L'influence jazz se fait également sentir lors du break à la guitare clean dans "Elohim" qui est, de ce fait, le morceau le plus progressif de tout l'album de par les différents modes et rythmiques utilisées ainsi que par les différents changements d'atmosphères et de tempos apportés par la section instrumentale assez complexe.

Enfin, la dernière mais la plus grande source d'inspiration des italiens... eux-même. L'essence même de Derdian est en partie tirée de plusieurs grands monuments de la musique italienne, à savoir l'opéra baroque et, dans un autre registre, les symphonies de Rhapsody of Fire - également influencées par les grands maîtres du XVIIème. Ce qui caractérise avant tout ce "DNA", c'est la démesure: le moindre morceau dégage un aspect théâtral et volontairement surjoué. Et, pour rappel, le baroque, c'est ça: le goût de l'excès, de la démesure, les symphonies à plus de cent instruments et une bienséance sur laquelle on s'asseoit allègrement au théâtre. Derdian applique cette formule à la lettre - sans aller non plus jusqu'à tuer quelqu'un publiquement - en grossissant délibérément les traits dans le refrain de "False Flag Operation" - le petit côté "Disney" dont je parlais -, et en y ajoutant une demie-douzaine de choeurs pour renforcer cette impression d'excès, formule que l'on retrouve d'ailleurs dans les refrains de "Part of this World" et de "Hail to the Masters", qui est un hommage clair à Rhapsody. Les intros sont également affectées par ces influences classiques: celle de "Hail to the Masters" est très théâtrale, grande et majestueuse et celles de "Never Born", "Nothing Will Remain", "Destiny Never Awaits" et "Part of This World" sont toutes composées de mélodies lentes au piano qui rappellent les grands compositeurs allemands romantiques - autre courant caractérisé par la démesure.

Ce véritable opéra s'inscrit donc parfaitement dans la lignée de ses prédécesseurs, tous du même acabi - avec, notamment en tête, le morceau "Battleplan" sur l'album "New Era pt III - The Apocalypse" - de par les sources dans lesquels le groupe puise ses inspirations mais aussi de par la richesse et la diversité des morceaux, passant du titre éponyme léger et joyeux au morceau de fin d'album sombre et regorgeant d'instruments. Et c'est d'ailleurs le seul défaut que l'on pourrait trouver à cet album: il n'est pas aisé de s'accaparer des codes aussi complexes que ceux de la musique baroque, simplement parce que les instruments sont nettement différents, et qu'il est difficile de faire tenir une poignée d'accords symphoniques, deux guitares rythmiques, une voire deux guitares lead, un chant principal et deux à trois voix de choeurs, une basse et une batterie à proportions convenables sur le spectre sonore et de mixer parfaitement le rendu. Il arrive parfois que les symphonies soient trop mises en avant comme dans "Nothing Will Remain", éclipsant de ce fait les autres instruments et que le rendu final soit fouilli malgré le fait que tout ça parte d'une bonne intention. Mais ce défaut reste mineur et n'entachera que très peu, au final, l'écoute du disque. Une pièce en treize actes, donc, riche en émotions, en atmosphères et en démesure, dont il serait presque criminel de passer à côté. 

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3 COMMENTAIRE(S)

andreas_hansen citer
andreas_hansen
12/09/2018 14:44
Merci les gens de vos retours.

Je peux comprendre tout à fait ce genre d'avis et je suis même parfois le premier à basher la scène power (italienne compris) tellement les nouveautés sont fades et sans intérêts! C'est d'ailleurs pour ça que j'écoute presque plus de power moderne.

Mais ce groupe m'a plutôt satisfait, y a rien de fou mais je trouvais ça plutôt efficace et surtout varié.
Jean-Clint citer
Jean-Clint
12/09/2018 09:06
Ca m'a fait penser à la quantité de promos de groupes infâmes venus d'Italie que l'on recevait sur VS ... visiblement leur scène Power ne s'est pas arrangée, loin de là ça reste pompeux, sans originalité et ennuyeux à souhait ...

Bienvenue dans l'équipe l'ami ! Clin d'oeil
MoM citer
MoM
12/09/2018 08:15
Eh bien, tu as été courageux avec cet album.
Même si j'adore le Power à l'européenne, j'ai écouté un seul morceau, ça m'a suffit XD Pas que c'est mauvais, mais disons que ma saturation de ce genre de Power reste tenace Sourire

Kro plutôt sympa, au passage Clin d'oeil Bien ouèj !

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Derdian
Power Metal
2018 - Indépendant
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs :   -
Webzines : (5)  7.7/10

plus d'infos sur
Derdian
Derdian
Power Metal - 1998 - Italie
  

tracklist
01.   Abduction
02.   DNA
03.   False Flag Operation
04.   Never Born
05.   Hail to the Masters
06.   Red and White
07.   Elohim
08.   Nothing Will Remain
09.   Fire from the Dust
10.   Destiny Never Awaits
11.   Frame of the End
12.   Part of this World
13.   Ya nada cambiara

Durée : 01:06:28

line up
parution
25 Juillet 2018

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