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Various Artists - Slave to the Grind

Chronique

Various Artists Slave to the Grind (DVD)
Kickstarter, et le crowdfunding en général, c'est quand même chouette. Au-delà des rigolos qui font financer une salade de pommes de terre à hauteur de 55K*, la plate-forme permet quand même de lever des fonds pour des projets qui, dans les circuits de production traditionnels, n'auraient pas pu exister - c'est le cas pour "Slave to the Grind". Soyons honnêtes, si Doug Robert Brown était arrivé face au banquier, petit dossier sous le bras, présentant son projet en mode "Bonjour, je souhaite faire un film sur un sous-genre du Metal, des gens qui jouent très vite et très fort, Napalm Death, Repulsion, Anal Cunt, vous voyez ?", il est fort probable que l'encravaté d'en face lui réponde "Garde la pêche". Et on ne pourrait pas lui en vouloir non plus. Ce refus éventuel a quand même permis à ce tout premier documentaire sur l'histoire du Grindcore de rester cohérent avec son sujet : rester DIY jusqu'au bout, demandant aux spectateurs potentiels de le produire. Liberté de ton totale, donc, un documentaire qui respire l'amour porté au style, réalisé par un passionné, pour des passionnés.

Et ça tombe bien. Ceux qui lisent mes bafouilles sur Thrashocore savent que j'ai beau souvent parler de Black Metal, mes premières amours, mes racines extrêmes, même, résident dans le Grindcore. Un genre que j'ai creusé, creusé et creusé de façon forcenée, cherchant toujours plus extrême, plus revendicatif, quitte à piocher dans ses déclinaisons les plus inaudibles - sur lesquelles le documentaire se penche également, notamment le Noisecore avec Dèche Charge (fort bien résumé par la maxime "C'est comme réinventer la musique et ne rien inventer à la fois.")



Durant près d'une heure quarante, le film va suivre différents fils rouges, évitant le piège de la narration complètement linéaire - même s'il nous perd parfois un peu au premier visionnage, malgré un montage cohérent. Doug Robert Brown garde à cœur de donner la parole à tous, que ce soit aux figures historiques du genre comme aux nouveaux venus, et aux acharnés qui font plusieurs concerts par semaine. Et concernant les parrains, croyez-moi, le documentaire nous régale ! L'on y croise notamment les figures responsables de la naissance du style, rien que ça : Scott Carlson, du fondateur Repulsion, nous racontant, amusé, les prémices du groupe, la réaction des premiers auditeurs, mais aussi l'origine du nom, et la naissance du "cheat beat", voué à devenir l'intemporel blast-beat; mais aussi la petite intervention d'Henry Clark, Kurtl Habelt et Rob Williams de Siege, expliquant tour à tour l'honneur (l'émotion, presque) d'avoir été l'influence principale de nombreux groupes, mais également ce qui les a poussés à prendre les instruments : "Tout comme Discharge détestait l'Angleterre de Thatcher, Siege détestait l'Amérique de Reagan". Ils mettent ainsi le doigt sur l'un des principes fondateurs du Grindcore : la dimension politique.





Car parmi les grands pontes du genre, la parole est également laissée à Justin Broadrick, Shane Embury et Barney Greenway de Napalm Death, racontant non seulement la genèse de la célèbre formation, marquée à vie par Birmingham et son horizon d'usines et de cheminées, le prolétariat, mais aussi et surtout l'explosion incroyable du groupe, à la fois dans leur pays et à l'international, grâce à un extrait de l'album "Scum", passé dans l'émission de radio de John Peel, sur la BBC. L'on se rend également compte de l'impact qu'a eu cet album au travers de ce qu'en disent Tim Morse (Anal Cunt), Dave Witte (Discordance Axis) mais aussi Digby d'Earache Records, la déflagration incroyable qu'il fut pour les amateurs comme pour les profanes, et surtout, la marque durable qu'il laissera sur le style, tout comme le fera son successeur, "From Enslavement To Obliteration". Sans filtres, tous s'accordent sur ce point. Mais pour Barney, les choses vont bien plus loin que le simple "bruit". Connu pour ses grandes tirades en concert (on en retrouve quelques unes dans le documentaire), il met le doigt sur le paradoxe Napalm Death : la musique a beau être extrêmement brutale, les lyrics n'en sont pas moins humanistes, revendiquant la tolérance, la paix, combattant le rejet. Et ce même si, selon Tim Morse, "It's like fucking Popeye screaming at people !"





Tim Morse, justement. L'un des grands fils rouges de "Slave to the Grind" est le cas Anal Cunt. Un groupe qui faisait débat, et continue même de le faire actuellement. Seth Putnam, son frontman, décédé en 2011, a lui aussi posé une marque indélébile sur le style tout entier. Il est d'ailleurs amusant de constater les différences d'opinions à son sujet, car rare est l'entre-deux. Si son ancien collègue Tim Morse, ou même Rich Hoak (Brutal Truth et Total Fucking Destruction) le décrivent comme un véritable ami, dans la provocation constante mais diablement intelligent, d'autres, comme Ethan McCarthy (Primitive Man, Vermin Womb) ou encore Bob Otis (Drop Dead, qui a eu l'honneur de se battre avec lui sur scène à Philly) le voient comme un sac à merde intersidéral. C'est finalement Jon Chang (Discordance Axis) qui en parle le mieux : un ami, certes, mais surtout un habitué des coups d'éclat, adepte de la provocation puérile, empirant à la fin de sa vie. Ceci étant dit, le fait qu'il fasse encore couler de l'encre et vociférer certains des années après la sortie de ses brûlots prouve bien l'impact, positif comme négatif, qu'il a pu avoir sur la scène Grindcore. Il montre surtout qu'au delà de la dimension politique, revendicatrice, précédemment évoquée, le Grindcore a également su évoluer, et faire évoluer sa manière de sonner, pour le meilleur comme pour le pire. Au-delà du Noisecore qui n'a, pour moi, que très peu d'intérêt (la guignolesque prestation de Dèche Charge présente dans le documentaire en est un bon résumé), le Goregrind est également brièvement évoqué par ses principaux géniteurs : Carcass. Trop brièvement, d'ailleurs...





Le réalisateur de "Slave to the Grind" étant Canadien, il était logique que le documentaire fasse la part belle aux formations d'Amérique du Nord. Et heureusement, d'ailleurs, tant certaines furent également importantes pour le genre, et permirent à certains labels de se tailler une belle place au soleil (Relapse, notamment). Dan Lilker, Rich Hoak et Kevin Sharp de Brutal Truth reviennent ainsi sur leur longue carrière, entre coups durs, instants totalement Punk et les raisons qui les ont poussé à se séparer, avec décontraction, naturel, sans langue de bois - en accord avec ce qu'ils prêchent, finalement. Sans oublier, bien entendu, le temps de parole laissé à Oscar Garcia et Pete Sandoval (et ses tresses magnifiques) du fantastique Terrorizer, qui reviennent, non sans émotion, sur les déboires connus par le groupe, des allers et retours des membres entre Napalm Death et Morbid Angel et, bien entendu, sur le décès de leur ancien camarade guitariste, Jesse Pintado, qui, à la façon d'un Chuck Schuldiner (également lié, de loin, à Repulsion, Scott y ayant fait des piges), aura marqué par son style un nombre important de guitaristes. Groupe qui n'était d'ailleurs à l'époque, nous apprend le boss d'Earache considéré qu'en tant que side-project des gonzes de Napalm et Morbid Angel, et pas comme un véritable groupe, à part entière. L'aura culte de la formation, encore aujourd'hui, prouve bien que Terrorizer était un peu plus que ça.





On parle beaucoup des figures historiques... Logique, pour un métrage qui se veut documentaire autour du Grindcore. On pourrait presque croire que la parole est laissée uniquement aux ténors du genre, ceux qui ont fait leurs preuves, qui ont un beau tableau de chasse à leur actif. Et pourtant ! On appréciera que Doug Robert Brown ait, notamment, laissé la parole à Marissa Martinez (des très bons Cretin), qui nous parle de son expérience avec la communauté Grindcore. Et son témoignage est important : ayant changé de sexe, elle aurait pu s'attendre à être rejetée. C'est tout l'inverse : pour elle, comme pour les nombreux amateurs interrogés au long du documentaire, la communauté Grindcore, et la communauté Metal au sens large (largement plus discutable, à mon sens), sont ouvertes, tolérantes, seule compte l'envie d'ouvrir les vannes, de se défouler, de trouver un exutoire. Un constat partagé par Mel Mongeon (Fuck the Facts), également femme dans un milieu d'hommes, qui s'amuse de ce statut, tout comme elle s'amuse de la fameuse question du : "Mais, tu as un job à côté ?" Forcément, le Grindcore n'aide pas à vivre, et c'est une constante dans la bouche de tous les intervenants. Hormis quelques rares exceptions, tous partagent le même discours : le DIY est un style de vie à part entière, exigeant, qui nécessite des sacrifices, des compromis. Mais c'est dans ce même milieu que l'on trouve les personnes les plus intègres qui soient. Car passionnées, et faisant ce qu'elles font pour d'autres passionnés. Le documentaire s'attarde un peu d'ailleurs sur la tentative de récupération du genre par les gros labels. Un coup d'épée dans l'eau. Quand on sonne aussi cru, aussi brut, difficile de pense que le Grindcore aurait pu rapporter plus que ce qu'il n'a pu le faire, pour une infime poignée de groupes.





Petit reproche cependant, motivé par mon côté chauvin : où est la France ? Pourtant, nous aussi, on a une scène Grindcore qui vaut le détour... Inhumate va fêter ses trente ans l'année prochaine, Blockheads est actif depuis 1992, sans parler des petits nouveaux qui imposent le respect. Que voulez-vous, le budget n'est pas extensible, il a fallu faire des choix. De la même façon, Doug Robert Brown n'évoque pas la scène d'Amérique du Sud, comme celle venue d'Asie, pourtant toutes deux en ébullition. Malgré tout, le Grindcore Européen est bien représenté, avec les grands noms que sont Agathocles, que j'ai toujours trouvé inaudible malgré leur indéniable statut historique, et surtout, Nasum. On ne peut pas parler de Grindcore en Europe sans aborder le cas Nasum, tant le destin du groupe, aussi tragique que légendaire, l'a fait passer à la postérité. Le noyau dur de la formation s'exprime ainsi sur la personne que fut Mieszko Talarczyk, décédé en 2004 lors du Tsunami en Thaïlande. Dépeint sans fard, entre un homme plein d'entrain, au sens de l'humour ravageur, et leader parfois très sévère avec ses musiciens. Mais tous s'accordent sur la douleur de son absence, à la fois sur un plan musical et personnel. C'est d'ailleurs l'occasion, pour Doug Robert Brown, de revenir sur le concert hommage, donné pour les 20 ans du groupe, lors du célèbre Obscene Extreme (Curby, son fondateur, est d'ailleurs brièvement interrogé), avec Keijo Niinimaa derrière le micro. Ce dernier explique d'ailleurs qu'on a beau être frontman d'un groupe aussi culte que Rotten Sound (né à peine un an après Nasum), cela ne dispense pas du stress, de l'angoisse d'avoir, même pour une poignée de dates, à reprendre le flambeau laissé par un monstre sacré. Preuve également du respect qui règne au sein de cette scène...



"Slave to the Grind" se termine sur un concert d'Agoraphobic Nosebleed. Un choix finalement discutable, car au-delà de l'aspect historique du groupe, j'aurais préféré une conclusion digne de ce nom, ou, à défaut, et quitte à avoir Scott Hull sous la main, une petite partie sur Pig Destroyer... Néanmoins, pas de glaviot dans la soupe. Doug Robert Brown a vu les choses en grand, voyageant, caméra en main, à la rencontre de ceux qui ont fait, et continuent de faire vivre, un style tout entier, bien qu'obscur - tant pour le commun des mortels que pour les amateurs de musique extrême. Sans aucune voix-off, en laissant la parole libre à ses intervenants, il met ainsi en boîte un documentaire fleuve, entre anecdotes croustillantes, images d'archives rares et clés de compréhensions, un objet fluide et passionnant, même pour les personnes extérieures au style : vous savez, quand un passionné, un vrai de vrai, vous parle de ce qu'il aime, il y met suffisamment de cœur pour que vous soyez pendu à ses lèvres. Et c'est exactement ce qui se passe ici. On rit, on apprend, on sourit, on est parfois émus (et franchement, pour qu'on réussisse à m'émouvoir de la disparition de Seth Putnam, il fallait y aller), grâce à un montage soigné et des interludes judicieusement choisis, et placés au sein du métrage - je regrette d'ailleurs que les petites saynettes en dessin-animé, réalisées par Lisbet Fredslund Michaelsen, soient aussi rares au vu de leur qualité.



Le documentaire se loue et s'achète via la plate-forme Reelhouse, pour un prix plus qu'honnête au vu du travail qu'il a nécessité. Pour les non-anglophones, j'ai eu l'insigne honneur de plancher sur la traduction française des sous-titres, fichier que vous pourrez retrouver ici en attendant sa mise en ligne officielle. Plus d'excuse, donc, pour ne pas (re)découvrir l'histoire de l'un des sous-genres les plus extrêmes de l'histoire de la musique. En guise de conclusion, je ne ferai que reprendre une phrase qu'on a, sans aucun doute, tous entendu ou prononcé, et que l'on retrouve sans surprise dans "Slave to the Grind" :

"Pour beaucoup de gens, ce n'est que du bruit. Mais pour nous, c'est de la vraie musique."

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2 COMMENTAIRE(S)

Chri$ citer
Chri$
09/09/2019 21:33
Excellente chronique!
J'ai ce docu dans le viseur depuis quelques temps, il va falloir franchir le pas.
TarGhost citer
TarGhost
06/09/2019 21:09
Très belle chronique "historique" ! Qui donne sacrément envie de se (re)caler un bon coup de grind entre les feuilles...

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Grindcore
2018 - Autoproduction
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Extrait de "Slave to the Grind"
  

tracklist
Réalisé par Doug Robert Brown

Durée : 1:38:50

parution
21 Avril 2018

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