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Paradise Lost - Gothic

Chronique

Paradise Lost Gothic
La découverte de Paradise Lost, même si ce fut à l’époque de Draconian Times, a été décisive dans mon existence puisque c’est ce groupe qui m’a fait entrer dans le sphères des musiques lentes et plus particulièrement le doom metal dans sa globalité, avec une affection particulière pour le doom death metal anglais, celui pratiqué il y a plus d’un quart de siècle par Paradise Lost, Anathema et My Dying Bride. À tel point qu’en des temps désormais révolus, j’avais essayé très modestement de rendre hommage à cette scène qui m’avait tant marqué et à laquelle je reste fondamentalement et sentimentalement attaché, l’on ne se refait plus à mon âge. Et parmi ces disques fondateurs, je voue un culte particulier à des disques tels que Forest of Equilibrium - le meilleur album de doom metal de tous les temps -, Turn Loose the Swan et Gothic. Sorti en mille neuf cent quatre vingt onze, ce deuxième album fait suite à Lost Paradise, sorti seulement un an auparavant, mais en l’écoutant l’on ne peut se rendre compte à la fois du fossé entre ces deux disques et surtout à quel point cet album a autant été fondateur pour toute une scène.

Bien évidemment, l’évolution entre Gothic et Lost Paradise, si prégnante et grande qu’elle puisse être n’est pas non plus un chamboulement complet du propos musical des Anglais. Il est bien évidemment question de doom death metal, dans la lignée de ce que fait le quintet depuis ses débuts, mais avec ici une assise bien plus mélodique. Évidemment, qu’à mesure que le groupe prend de l’expérience et une certaine aisance, on le voit progresser dans cette lignée mélodique que l’on pouvait percevoir furtivement auparavant. Mais cette progression va bien au-delà de cela, puisque, ici, Paradise Lost reprend plusieurs lourds héritages, assumés à un point où tout ceci coule de source et se fond parfaitement dans un propos de plus en plus maîtrisé. En premier lieu, il y a celui laissé depuis quelques années par Thomas G. Warrior et Martin Eric Ain avec l’album Into the Pandemonium, soit l’album de l’ouverture du metal extrême vers des horizons divers et variés, dont l’on a ici une certaine continuation. Claviers symphoniques, chants féminins, nombreux sont les points qui rappellent la formation culte helvète. Il suffit d’écouter le titre éponyme pour s’en rendre bien évidemment compte et où le chant de Sarah Marrion vient illuminer de ses lignes vocales la noirceur ambiante du morceau, au même titre que sur Dead Emotion. Et lorsque l’on replace dans le contexte, c’était même très risqué d’ajouter des claviers et du chant féminin, à un moment où c’était plutôt la course à la brutalité qui primait avec l’effervescence de la scène death metal et l’éclosion de la seconde vague du black metal. C’est déjà un trait de caractère que vont avoir par la suite les Anglais, à savoir faire ce dont ils ont envie, purement et simplement. Mais en tout cas, c’est déjà quelque chose qui fait clairement la différence.

Pour poursuivre dans ces héritages assumés, il y a également celui des vieilles références du doom metal, dont on retrouve ici tout le legs de formations telles que Candlemass et Trouble, notamment dans ces contributions mélodiques des guitares. L’on ne dira jamais assez ô combien ces deux groupes auront marqué les groupes anglais, si le premier par son mélodisme et sa solennité paraissent évident, c’est le côté plus alambiqué et désespéré des trois premiers albums des Américains que l’on retrouve également ici. Évidemment qu’il est question de doom death metal sur cet album, même si le côté fétide et étouffant du premier album a laissé la place à un misérabilisme de première classe et aucunement surfait. Pour autant, l’on a tout autant des passages assez lents que d’autres beaucoup plus véloces, et c’est ce va et vient qui rend l’ensemble très intéressant, pour ne pas dire dogmatique tant il aura laissé des traces chez des milliers de formations. L’on constate aussi qu’avec l’expérience, le groupe a gagné en fluidité: les tournures dans les morceaux sont désormais beaucoup plus graduelles. Enfin, et surtout pour ce qui est de cet album ne serait-ce que par rapport à son titre même, il y a l’apport de toute une scène gothique dont étaient très friands à l’époque Gregor Mackintosh et Nick Holmes, - je citerai pèle mêle, à l’aune de mes humbles connaissances en la matière, des groupes comme The Cure, The Smiths et The Sisters of Mercy -, et dont on ressent l’influence sur de nombreux titres, notamment Shattered et Eternal en premier lieu, avec ces lignes de guitares tellement mémorables sur le couplet d’Eternal qu’on ne peut les oublier.

Ainsi, en plus de ces éléments, et bien qu’ils sont évidemment concomitants, Gothic est l’album où Paradise Lost a commencé petit à petit sa mue vers ce qu’il adviendra de lui au fur et à mesure des années quatre vingt dix. Celui où le groupe d’Halifax a franchi le Rubicon en imposant à son doom death metal austère et putride des éléments mélodiques, en plus de ceux cités auparavant, qui deviendront dès lors leurs marques de fabrique. Même s’ils ne prennent pas forcément tout le temps les devants, comme ce sera complètement le cas à partir d’Icon. C’est avec cet album que Mackintosh est devenu lui-même. Je veux dire par là, que c’est à partir d’ici qu’il prend vraiment les devants en agrémentant chaque titre avec des mélodies imparables et d’une très grande justesse, et qu’il se lâche enfin au niveau des soli. La liste pourrait être trop longue, mais tous les titres comportent un chorus, une lead ou un solo qui valent déjà le détour. C’est même à un point que je le considère comme l’un des meilleurs guitaristes du genre, voire même au-delà, tant ce qu’il a apporté au metal m’apparaît comme essentiel. L’on m’objectera qu’il s’est perdu pendant une bonne décennie, mais à cette époque il avait une classe qui force encore et toujours le respect. Gothic, c’est aussi l’album, où le groupe se permet tellement d’audaces, - et encore une fois je vais insister sur le fait qu’il est sorti en mille neuf cent quatre vingt onze -, sans réellement se fixer de contraintes, à part celles de faire quelque chose de volontiers cendreux, et qui aura une forme d’aboutissement sur Shades of God. C’est aussi l’album du début de la mue de Nick Holmes, en tout cas, celui où il s’essaye à plusieurs registres de chants, entre growls, chant forcé, voire même plus grave, s’essayant à des tonalités limites Steeliennes. Dans tous les cas, il vit clairement ses paroles, et les titres renseignent très bien sur la teneur du propos, et ses growl demeurent excellents, malgré certains débats récents à leurs propos.

Mais ce qui rend tout aussi appréciable ce deuxième album, c’est non seulement sa variété dans l’exercice de style mais aussi le fait que le groupe y démontre une très grande inspiration en à peine quarante minutes. Il y a bien évidemment le titre d’ouverture qui est un modèle du genre, mais il y a tous les autres titres qui méritent le détour et qui ne sont pas tous calqués sur le même moule, et l’on y retrouve des passages bien rampants comme d’autres bien plus rapides. Là encore, c’est assez affolant de se dire, même quasiment trente ans après sa sortie, qu’il y a ici des riffs tellement mémorables que l’on devrait les faire écouter dans toutes les écoles de doom metal. Et puis, il y a forcément cette ambiance aussi funeste que désespérée, toujours aussi empreinte de mysticisme et de questionnement quant à la vie que ce côté condamné, qui sied si bien au genre musical et à ce groupe, - il suffit de se souvenir d’où provient son patronyme. Et puis ce Gothic a un caractère forcément historique car c’est l’album où Paradise Lost a ouvert tant de choses, encore une fois, pour le pire, le plus souvent, et pour le meilleur, mais là, ce fut plus rare. L’on ne va pas se mentir, cet album, c’est un peu la pierre angulaire de toute cette scène doom gothique et metal gothique, au même titre que Type O’ Negative, notamment ces formations jouant sur la dualité « beauty and the beast », on pense à Theatre of Tragedy et toute cette scène. C’est d’ailleurs assez fort de se dire que quasiment tout a été dit pour ce courant musical par les Anglais avec seulement ce titre d’ouverture. Mais il aura aussi volontiers son influence chez les grecs de Septic Flesh – vous savez le groupe en deux mots qui faisait autre chose que du Hollywood metal durant les années quatre vingt dix -, et dont on voit bien que cet opus avait dû les marquer, notamment pour le fabuleux Esoptron. Même un certain Varg Cachet reconnaît l’influence de cet album, et dont on entend quelques brides sur son meilleur album, Det Som Engang Var.

Tout ceci fait de ce Gothic un merveilleux album qui n’a aucunement perdu de son aura automnale, quasiment trente ans après sa sortie, et qui s’écoute toujours avec autant de ferveur et d’éblouissement, malgré un nombre incalculable de rotations. Un album qui possède bien plus de richesses que son côté pataud le laisse supposer à son orée. Avant tout, et s’il ne fallait n’en retenir qu’une chose, c’est qu’il est truffé de classiques et de titres mémorables et suffisamment variés pour ne pas laisser indifférent. Entre les mélopées entêtantes de Eternal, l’âpreté d’un Shattered, l’efficacité d’un Rapture, et le côté inoubliable du titre d’ouverture, il y a tous les éléments de ce bon vieux doom death metal anglais du début des années quatre vingt dix. Il y a même cette coloration miltonienne qui fait complètement la différence, dans cette austérité toute puritaine, c’est même presque un cliché à lui tout seul dans cette catégorie, contrebalancé, il est vrai, et en dépit même de tous ces signes d’ouvertures, par ces velléités toutes métalliques. Mais un metal dont on sent que sous les couches de rouilles, il demeure toujours aussi froid et implacable.

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1 COMMENTAIRE(S)

Holmy citer
Holmy
13/09/2020 08:58
Complètement d'accord avec ta chronique.

Cet album a une couleur vraiment particulière, et même si aujourd'hui il paraît "pataud" comme tu le dis, c'est une usine à classiques.

Il rappelle que Paradise Lost a fait partie des pères fondateurs du doom death.

Album fondamental.

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Paradise Lost
Doom Death Metal / Gothic Metal
1991 - Peaceville Records
notes
Chroniqueur : 10/10
Lecteurs : (3)  8.67/10
Webzines : (5)  7.83/10

plus d'infos sur
Paradise Lost
Paradise Lost
Doom Death Metal / Gothic Metal - 1988 - Royaume-Uni
  

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vidéos
Eternal
Eternal
Paradise Lost

Extrait de "Gothic"
  

tracklist
01.   Gothic  (04:51)
02.   Dead Emotion  (04:38)
03.   Shattered  (04:01)
04.   Rapture  (05:09)
05.   Eternal  (03:55)
06.   Falling Forever  (03:35)
07.   Angel Tears  (02:40)
08.   Silent  (04:42)
09.   The Painless  (04:02)
10.   Desolate  (01:51)

Durée : 39:24

line up
parution
10 Mars 1991

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